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Dernière mise à jour :  01/06/2017 à 09:29

Débriefing de l’élection présidentielle française avec Jean Quatremer

Les Régions partenaires Nouvelle-Aquitaine et Hesse ont organisé le 12 mai un débat dans leurs locaux communs à Bruxelles sur le thème des élections en France avec Jean Quatremer, Correspondant de Libération, Mark Weinmeister, Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes du Land de Hesse et Isabelle Boudineau, Vice-présidente de la Région Nouvelle-Aquitaine en charge de l'Europe et de l‘International. Plus de 220 personnes ont participé à cet événement.
 
Introduisant le débat, Mark Weinmeister a souligné l’intérêt inédit des Allemands pour cette élection et l’importance clé du partenariat franco-allemand pour l’avenir de l’Europe. Le processus électoral "à quatre tours" n’est en réalité pas terminé, puisque les résultats des élections législatives détermineront les marges de manoeuvre du nouveau Président. M. Weinmeister a également noté que cette élection marquait un grand tournant pour les partis politiques en France.
 
Isabelle Boudineau a quant à elle estimé que l’élection d’Emmanuel Macron était un signal extraordinaire pour l’Europe, car il était le seul candidat à la défendre avec enthousiasme. Selon elle, le bipartisme a vécu et plutôt que le clivage droite-gauche, c’est celui entre les gagnants et les perdants de la mondialisation qui a été mis au jour lors de ce scrutin. Ce clivage s’est traduit sur la carte de France, où le vote FN a été fort dans les zones les plus désindustrialisées et souffrant particulièrement du chômage. Face au sentiment d’abandon, le rôle des Régions européennes est très important car ce sont elles qui connaissent notamment le mieux leur tissu industriel, que les Fonds européens structurels et d’investissement (FESI) participent à maintenir.

Avec sa verve habituelle, Jean Quatremer a porté un regard critique sur l’élection française et sur l’Union européenne, une analyse qu’il précise dans son livre "Les Salauds de l’Europe". Au second tour, les Français ont d'une certaine manière choisi l’Europe en votant contre la sortie de l’Euro et contre le Frexit. Lors de cette élection, deux visions de la France se sont affrontées: isolationniste et identitaire versus ouverte. Jean Quatremer relève également le pessimisme des sondages, donnant 60/40 contre 65/35 en réalité.

Dans le cadre du premier tour de l’élection, J. Quatremer rappelle que dix des onze candidats ont un jour voté "contre" l’Europe, à l’inverse du discours européen positif d’Emmanuel Macron. Leurs scores rassemblés s’élevant à 50% des suffrages, le journaliste en tire la conclusion que l’Europe n’est pas dans le cœur des préoccupations françaises, d’où un besoin de changer la France et l’Europe, en répondant mieux aux préoccupations citoyennes. En France, les réformes sont difficiles en raison du blocage face à des avantages acquis et dans un système centralisé très différent du fédéralisme allemand, par exemple en matière de politiques éducatives. Au niveau européen, Jean Quatremer estime qu’il faudrait une série de réformes ciblées: rendre publics les travaux de la Commission européenne, réduire le nombre de commissaires européens, faire que le président de l’Eurogroupe et le commissaire aux Affaires économiques soit la même personne et rééquilibrer les institutions européennes en faveur du Parlement.